Wingtech poursuit la direction de Nexperia en justice en invoquant la loi chinoise anti-sanctions
Le conflit autour de Nexperia a pris une nouvelle tournure majeure. Sa société mère, Wingtech Technology, a intenté une action en justice contre Nexperia et trois membres de son équipe dirigeante intérimaire devant un tribunal chinois, réclamant 8 milliards de yuans (environ 1 milliard d’euros) de dommages et intérêts et demandant l’annulation des mesures de gouvernance néerlandaises qu’elle qualifie de discriminatoires.
Selon un communiqué boursier publié par Wingtech, l’affaire a été acceptée le 22 mai par le tribunal populaire intermédiaire de Dongguan, dans la province du Guangdong. Les défendeurs sont Nexperia Holding B.V., Nexperia B.V., ITEC B.V., ainsi que trois personnes nommément désignées : le CEO par intérim Stefan Tilger, le COO Achim Kempe et le directeur juridique Ruben Lichtenberg.
Wingtech fonde son action sur la loi chinoise contre les sanctions étrangères (Anti-Foreign Sanctions Law). L’entreprise affirme que l’ordonnance ministérielle néerlandaise publiée en septembre 2025 ainsi que les décisions de la Chambre des entreprises d’Amsterdam constituent des mesures restrictives discriminatoires visant une société chinoise.
Wingtech exige que les défendeurs annulent les mesures de gouvernance imposées par les Pays-Bas ou, alternativement, que Nexperia Holding transfère gratuitement l’intégralité de la propriété de Nexperia B.V. à Wingtech. La demande de dommages et intérêts de 8 milliards de yuans — soit environ 1 milliard d’euros — est présentée comme provisoire et susceptible d’être ajustée.
Nexperia a réagi le même jour. Dans un communiqué publié le 22 mai, l’entreprise a détaillé les perturbations qui auraient été causées par son management basé en Chine depuis octobre 2025 : refus d’accepter des livraisons de wafers, réaffectation de produits stockés, non-respect des instructions de la direction mondiale, refus d’effectuer des paiements à d’autres entités de Nexperia, appropriation de sceaux d’entreprise et ouverture de comptes bancaires non autorisés.
Nexperia a qualifié cette nouvelle procédure judiciaire de preuve que Wingtech « ne semble pas du tout intéressé par une solution qui serait bénéfique pour l’ensemble des parties prenantes ».
Chronologie du conflit
Le bras de fer a commencé en octobre 2025, lorsque le gouvernement néerlandais est intervenu pour empêcher Nexperia de transférer ses activités vers la Chine, suspendant le CEO Zhang Xuezheng et plaçant les droits de vote des actionnaires sous administration indépendante. Comme l’a rapporté Evertiq, la filiale chinoise a ensuite déclaré son indépendance opérationnelle, tandis que le siège européen de Nexperia suspendait les livraisons de wafers en invoquant des impayés.
En février 2026, la Chambre des entreprises d’Amsterdam a ordonné une enquête formelle sur la gouvernance de Nexperia, estimant qu’il existait des raisons valables de douter de la qualité de la gestion dans la structure précédente de l’entreprise. En mars 2026, Nexperia China a annoncé avoir commencé à produire ses propres puces de manière indépendante à l’aide de wafers de 12 pouces.
Nexperia affirme avoir maintenu la continuité des approvisionnements pour sa clientèle mondiale grâce à des solutions alternatives de chaîne logistique et augmenter actuellement ses capacités sur ses sites hors de Chine. L’entreprise indique que les livraisons devraient progressivement revenir à la normale au cours de l’année 2026.
Cette action en justice ouvre un nouveau front dans le conflit — le faisant passer des tribunaux néerlandais et des procédures gouvernementales au système judiciaire chinois, tout en transformant ce qui avait commencé comme un conflit de gouvernance d’entreprise en un affrontement explicitement géopolitique.




